L'accueil

Mon histoire au fil du courant

(suite du numéro précédent) de Christian Pouclet
Itinéraire d'un poisson

Au début du XXe, ma pêche évolue encore considérablement, car la fabrication des conserves de mes aïeules se modernise. En 1902, les soudeurs manuels sont peu à peu remplacés par des machines à souder et très vite, vers 1908, se mettent en place des sertisseuses, c'est le progrès industriel…

En 1905, la campagne sardinière est désastreuse. En effet, je suis un poisson migrateur et saisonnier vivant le long des côtes vendéennes. De plus , je suis extrêmement capricieuse dans mes montaisons jusqu'en Bretagne. Je subis à la fois l'influence de la température de l'eau, des courants marins et même des vents. Si au printemps, je suis avec mes congénères des bancs compacts dans les eaux chaudes du Sud Ouest, ces ramassées sont très irrégulières. Enfin je remonte vers la Bretagne qu'au début du mois de septembre, suivant mon humeur.


Ainsi, je rends les campagnes de pêche très inégales, au fil des années.
En dépit des sautes de production, je continue encore, pendant une dizaine d'années, à représenter la majeure partie des apports de poissons en Vendée.

Vers 1915, le nombre de bateaux, et par conséquent celui des marins sardiniers, est en nette régression. L'hivers est rigoureux et les nombreuses tempêtes ne permettent pas de sortir en mer. Les équipages attendent alors, avec impatience, l'arrivée des premiers beaux jours pour sortir à la pêche de mes grands-mères, ce qui va permettre de payer enfin des dettes accumulées pendant la mauvaise saison. La venue près des côtes de troupes de marsouins, ou bien la présence de mouettes et

goélands en grand nombre sur cette zone donnée, annonce à coup sûr l'arrivée en abondance des membres de ma smala dans le secteur, alors très vite, les bateaux appareillent et rejoignent les lieux de pêche.

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